Enjeux de la politique migratoire européenne: Défis et perspectives

 

Les migrations ont toujours constitué un aspect important de l’histoire européenne : les migrants font incontestablement partie du tissu culturel, économique et social de l’Union européenne et apportent par d’innombrables voies leurs contributions à la société européenne. Cependant au cours de ces dernières années la question migratoire est devenue de plus en plus sensible en Europe, donnant souvent lieu à des débats publics polarisés et houleux et se transformant en enjeu décisif lors des élections nationales.

L’émotion publique suscitée par des images montrant l’extrême détresse des migrants traversant la méditerranée a eu le mérite de rappeler aux européens que l’asile est d’abord un droit inscrit dans leurs textes fondamentaux qui découle d’un devoir moral. En outre si les politiques migratoires relèvent traditionnellement de chacun des Etats membres, l’Union Européenne s’est engagée au cours des vingt dernières années dans un processus de coordination des règles communes relatives aux conditions de résidence des ressortissants de pays tiers. Toutefois, force est de constater que les conditions d’accueils diffèrent énormément selon les pays. C’est dans ce contexte qu’il convient d’analyser les défis auxquels l’Europe est confrontée et quelles sont les perspectives.

Moralement, l’asile est un devoir, on ne peut cependant pas ignorer la réaction des opinions publiques européennes. Partout en Europe, la montée des partis d’extrême droite est une réalité incontestable, attisée par un populisme simpliste qui repose essentiellement sur le repli et le rejet des étrangers. L’échec de la politique d’intégration est un des facteurs explicatifs. Dans un monde globalisé, la recherche du bouc émissaire stimule les réflexes identitaires et accentue les crispations entre les peuples.

Dans ces conditions, répondre efficacement aux défis migratoires paraît très compliqué. L’Union Européenne ne peut pas rester sans réagir face aux bouleversements géopolitiques qui s’opèrent dans son environnement proche. En effet, comment accueillir ceux qui fuient les zones de conflits sans créer un appel d’air ? Comment concilier la liberté de circulation et la volonté de régler les flux migratoires ?

Il est paradoxal que les biens et services circulent librement dans le monde pendant que des êtres humains voient leur liberté restreinte. L’Union Européenne engluée dans ses contradictions n’arrive pas à élaborer une politique commune d’asile et d’accueil des réfugiés. Il devient dès lors urgent de mettre en place une politique commune d’asile, mais avant d’y arriver, il convient d’harmoniser les conditions d’accueil des réfugiés, à savoir mettre en place les mêmes droits sociaux, les mêmes obligations d’intégration et du respect du droit. Cela nécessite peut-être une synchronisation des procédures dans le traitement des demandes, ainsi que sur la politique de retour et ses moyens. Il peut paraître prétentieux de dire que ces mesures vont apporter les résultats définitifs escomptés, mais auront le mérite d’exprimer la volonté des Etats à lâcher de leurs compétences étatiques.

Une politique migratoire concertée serait plus efficace pour faire face aux défis auxquelles l’Europe est confrontée, et permettrait de tenir compte des différentes situations. Au jour d’aujourd’hui, les politiques mises en place pour réduire ou accueillir les flux migratoires ont montré leurs limites. En effet, les accords de Dublin qui confient aux Etats frontaliers la compétence de gérer les flux migratoires ne sont pas d’une grande efficacité.

FRONTEX dont la mission est de coordonner la coopération opérationnelle des Etats membres aux frontières extérieures de l’Union Européenne en matière de lutte contre l’immigration clandestine, joue un rôle non négligeable dans le sauvetage et l’accueil des réfugiés. Cependant, l’intensité de la pression migratoire soulève des questions de fond sur la gestion des frontières extérieures. Le précepte qui a prévalu jusqu’à présent selon lequel chaque Etat doit gérer sa partie de frontière extérieure trouve ses limites dès lors que certains Etats comme la Grèce ou l’Italie doivent faire face à l’intensité des flux migratoires.

Le contrôle des frontières extérieures a pris une acuité particulière depuis les attentats terroristes de novembre commis à Paris. Dans ce contexte, un contrôle efficace constitue l’un des défis à relever pour assurer la sécurité de l’espace européen tout en faisant face aux drames humanitaires qui touchent les pays limitrophes. Une plus grande solidarité passe peut-être par une augmentation du mandat et des moyens de FRONTEX. La maîtrise des flux migratoires se fera inévitablement par la mise en place d’une politique commune, mais l’Union européenne ne peut pas simplement se contenter de traiter les effets, il faut aussi s’attaquer aux causes. Pour cela une diplomatie efficace concertée est nécessaire. Or les Etats membres sont divisés et n’ont pas forcément les mêmes intérêts sur la scène internationale. La question de la capacité européenne à résoudre les grandes questions internationales se pose avec acuité et une urgence absolue.

 Emmanuel Mbuma consultant et analyste politique

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