La fin du « soft power »américain et le retour du « hard power »?

Alors que la campagne américaine pour l’élection des primaires bat son plein, deux candidats semblent tirer leur épingle du jeu: côté démocrate, Hillary Clinton est annoncée favorite pour l’investiture, côté républicain, Donald Trump prend le large dans les sondages et semble être en pôle position pour remporter l’investiture républicaine. Néanmoins, ce dernier concentre de nombreuses critiques au sein même de sa famille politique de par ses déclarations incendiaires et le danger qu’il représente en cas d’accession à la présidence des Etats-Unis.

A cet égard, une lettre ouverte, co-signée par des conseillers républicains à la sécurité nationale pointent du doigt la vision du monde de Donald Trump et appellent à ne pas soutenir le candidat de leur propre camp à l’investiture pour la présidentielle américaine. Selon, les experts républicains de la sécurité nationale, l’incompétence et l’incohérence de Donald Trump  sur les questions de politiques étrangères seraient potentiellement dangereuses pour les Etats-Unis. Pour mieux comprendre ce cri d’alarme, il convient de se pencher sur les arguments avancés par les conseillers républicains:

« Nous, membres républicains de la communauté sur la sécurité nationale, représentons un large spectre d’opinions sur le rôle de l’Amérique dans le monde et sur ce qui est nécessaire pour assurer la sécurité et la prospérité de notre pays. Nous avons pu être en désaccord sur de nombreux sujets, notamment la guerre en Irak et l’intervention en Syrie, mais nous sommes unis dans notre opposition à la présidence de Donald Trump. Si nous reconnaissons que les conditions de la politique américaine ont pu favoriser sa popularité, nous sommes néanmoins dans l’obligation d’exposer clairement nos objections fondamentales« 

Venant des conservateurs républicains, ce cri d’alarme peut paraître surprenant, voire même désarmant, c’est la raison pour laquelle, vous trouverez l’intégralité des extraits ci dessous:

« Sa vision de l’influence et de la puissance américaine dans le monde est follement incohérente et ne correspond pas à la réalité. Il se balance de l’isolationnisme à l’aventurisme militaire dans l’espace d’une seule phrase.

Son plaidoyer pour mener agressivement des guerres commerciales est une recette pour un désastre économique dans un monde globalement connecté. Son approbation de l’utilisation extensive de la torture est inexcusable

Sa rhétorique haineuse anti-musulmane sape le sérieux de la lutte contre le radicalisme islamique en nous aliénant des partenaires dans le monde musulman qui apportent des contributions significatives à cet effort. En outre, il met en danger la sécurité et les libertés des musulmans américains garanties par la Constitution.

Le contrôle des frontières et la prévention de l’immigration clandestine sont un sujet grave, mais son insistance à prétendre que le Mexique financera un mur à la frontière sud enflamme inutilement les passions ; elle pose les bases d’une compréhension totalement erronée et du mépris de notre voisin du sud.

De même, son insistance que des alliés proches, comme le Japon, doivent payer d’énormes sommes pour leur protection évoque plus un racketteur que le leader des alliances qui nous ont si bien servies depuis la Seconde Guerre mondiale.

Son admiration pour les dictateurs étrangers tels que Vladimir Poutine est inacceptable pour le chef de la plus grande démocratie du monde.

Il est fondamentalement malhonnête. La preuve en est ses tentatives de nier les positions qu’il a sans aucun doute prises par le passé, y compris sur la guerre de 2003 en Irak et le conflit libyen de 2011. Nous acceptons que les points de vues évoluent au fil du temps, mais en l’occurrence il s’agit tout simplement de fausses déclarations

L’équivalence qu’il établit entre son sens des affaires et son expérience de la politique étrangère est fausse. Aucun conflit mortel ne peut être résolu comme pourrait l’être un litige immobilier, et en matière de relations internationales il n’y a pas de recours devant un tribunal en cas de faillite.

Les propres déclarations de M. Trump nous amènent à conclure qu’en tant que président, il utiliserait l’autorité de sa fonction pour agir de manière à rendre l’Amérique moins sûre et diminuerait notre position dans le monde. En outre, sa compréhension originale de la manière dont le pouvoir présidentiel doit être exercé contre ses détracteurs constitue une menace pour les libertés civiles aux États-Unis. Par conséquent, comme républicains engagés et fidèles, nous ne pourrons pas soutenir le parti s’il investit la candidature de M. Trump. Nous nous engageons à travailler énergiquement pour empêcher l’élection d’une personne si totalement inapte à cette fonction »

Comme on l’observe, cette inquiétude concerne de nombreux éléments, tels que la politique étrangère et économique. Les signataires redoutent des conséquences potentielles que cela pourrait avoir sur les relations entre les Etats-Unis et ses alliés. En effet, son discours antimusulman d’une part, pourrait conduire au « choc des civilisations » contre le monde arabe et augmenter le risque d’attentat terrorisme, d’autre part ses tirades anti-mexicaines pour ce qui concerne le financement d’un mur à la frontière du sud au frais du Mexique pour endiguer l’immigration clandestine produirait l’effet inverse et accentuerait les tensions entre les Etats-Unis et le Mexique. Par ailleurs, son engouement pour des dictateurs étrangers tels que Vladimir Poutine est un message envoyé au monde entier pour la négation des droits de l’homme et l’utilisation abusive de la torture.

Autrement dit, l’arrivée au pouvoir de Donald TRUMP semble marquer le retour d’une politique étrangère américaine offensive comme ce fut le cas sous l’administration Bush avec la désignation « d’un axe du mal ».

Toutefois du côté démocrate,  l’ascension d’Hillary Clinton au plus haute fonction n’est pas gage non plus d’une politique moins agressive. En effet, lors de son discours prononcé le 8 septembre 2010 au Council on Foreign Relations, Hillary Clinton souhaitait le maintien d’une puissance militaire conséquente en parallèle d’une diplomatie efficace tout en consolidant des partenariats économiques et militaires.

Plus généralement, Hillary Clinton dans sa stratégie internationale défend une position de politique étrangère basée sur le « smart power »  qui est la combinaison du « soft power » et du « hard power ». En d’autres termes, Hillary Clinton ne compte pas renoncer à la puissance militaire et diplomatique, qui sera la ligne directrice de la politique étrangère américaine, souhaitant rompre avec le discours messianique et le recours systématique à la coercition qui avait caractérisé l’administration Bush.

Toutefois, comme le rappel Clément Nguyen dans son article Ready for Hillary : Vers un dernier moment Américain? paru dans perspectives libres, l’arrivée au pouvoir de l’ancienne secrétaire d’état à la présidence risque de marquer une politique peut-être moins conciliante que Barack Obama sur certains dossiers brûlants. Cependant, habile politicienne, elle saura mettre en avant son expérience, en tant qu’ancienne chef de la diplomatie américaine face à son potentiel adversaire républicain dont les déclarations fracassantes laissent entrevoir une méconnaissance des relations internationales.

Sur la scène internationale, les années écoulées de la présidence Obama avaient pour objectif de restaurer l’influence mondiale des Etats-Unis, discrédités sous la présidence de G.W. Bush. Il convient de rappeler l’unilatéralisme prôné par ce dernier  a intensifié l’émergence de blocs politiques concurrents. Si l’approche multilatéralisme d’Obama n’a pas réussi à faire renaître la scène des années quatre-vingt-dix d’un multilatéralisme des grandes puissances sous hégémonie américaine, elle a, le mérite d’avoir réduit le niveau de conflictualité dans les relations entre les Etats-Unis et les puissances eurasiatiques.

C’est pourquoi, l’ère Obama apparaît comme celle de la réhabilitation « d’une diplomatie publique » dont l’objectif est à la fois de rendre plus crédible l’image des Etats-Unis et de favoriser le concept de « soft power ». En tant qu’année électorale, 2016 semble s’orienter vers une politique étrangère plus offensive. Quant aux fondamentaux de la puissance américaine, il convient de rappeler que les Etats-Unis possèdent une multitude d’atouts tant au niveau de la puissance monétaire, financière, bancaire et économique du monde, qu’au niveau de la puissance militaire. Quant aux critères de la « soft power », il suffit de rappeler que 80% des réseaux internet sont encore américains, à l’heure de la mondialisation accrue, c’est un poids considérable à prendre en compte dans les relations internationales.

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