Détruire Daech et après?

Depuis quelques semaines, les médias et les observateurs relatent le recul de Daesh dans les territoires occupés aussi bien qu’en Syrie avec la reconquête de Palmyre par l’armée syrienne et la tentative de reprise de Mossoul en Irak par l’armée irakienne. Conjugué à cela, de nombreuses arrestations sont menées un peu partout en Europe, tant à Paris qu’à Bruxelles.

De plus, la divulgation y a quelques semaines par Sky news d’une liste de 22.000 djihadistes présumés laissent entrevoir un essoufflement interne de l’organisation. Toutefois, cette liste laisse les experts sceptiques. Il est cependant légitime d’établir une certaine corrélation entre l’accélération des démantèlements des cellules en France et en Belgique avec la révélation de cette liste. Combinée au fait que le délitement de Daesh sur le terrain est à mettre au crédit de l’intervention  russe qui a conduit, à ne pas douter, à, accentuer le recul de Daesh en Syrie.

Dans ce contexte, on ne peut évidemment que se réjouir de l’effondrement d’une organisation dont les atrocités et la barbarie ne sont plus à démontrer. Or, il serait illusoire de penser que la simple destruction de Daesh suffirait à ramener la paix dans les pays touchés par la guerre, en premier lieu la Syrie et l’Irak, où Daesh a pris naissance en devenant le monstre que nous connaissons actuellement.

Dans le même ordre d’idée, l’anéantissement de Daesh, ne signifie pas la fin des actes de terrorisme dans les pays engagés dans la coalition, au premier chef la France. Sans jouer les alarmistes ou les oiseaux de mauvaises augures, il convient néanmoins de poser en relief la question de l’après Daesh.

En effet, la question du retour des combattants de Syrie, d’Irak, voire de Libye va se poser avec une urgence absolue. A cet égard, il semble opportun d’élaborer les bases d’une politique prospective de ce que serait l’après Daesh. Pour toute compréhension de la situation actuelle, il serait judicieux de faire un bref retour en arrière sur la naissance de Daesh, sans entrer dans un long processus historique, mais dans une analyse synthétique du comment et du pourquoi Daesh a pu ainsi prospérer pendant autant de temps.


La création de Daesh

 On constate que cette organisation est née des cendres de La guerre d’Irak en 2003, suite à la désintégration de l’Etat irakien. Tout comme en Syrie et maintenant en Libye, Daesh a su profiter du vide laissé par l’abdication des institutions étatiques, pour s’accaparer des territoires abandonnés et se répandre tel un virus dans les décombres des interventions aventureuses des pays occidentaux, afin de recruter au sein des populations délaissées par les structures étatiques.

Tout comme Al qaida dans le passé, Daesh a utilisé la rhétorique de la guerre contre l’islam pour attirer dans ses filets de nombreux combattants venus de part et d’autre du globe pour mener une « guerre sainte ». A cet égard, une alliance objective entre les anciens officiers déchus de Sadam Hussein et les membres d’Al qaida a permis de créer le mouvement djihadiste que nous connaissons actuellement, avec comme fil conducteur la création d’un califat dans le monde arabe et le retour aux sources d’une conception religieuse datant du Moyen âge.

Avec l’annonce d’un nouveau califat, proclamé le 29 juin 2014, le mouvement djihadiste le plus violent qui a mainmise sur une grande partie de la Syrie et prés des deux tiers du nord de l’Irak ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Ce mouvement a attendu le moment opportun pour entrer en Libye pour former un noyau et y répandre la terreur comme il le fait en Syrie et en Irak.

C’est dans ce contexte que Daesh a su prospérer, tout en profitant de la passivité de la communauté internationale, et de la complicité de certains pays arabes pour devenir une multinationale de la terreur, en si peu de temps. Face à l’ampleur du fléau, la communauté internationale a commencé à réagir, toutefois tardivement. Dès lors, la question de la destruction de Daesh est devenue un enjeu capital pour tous les pays.


Détruire Daesh et après?

 Sur le plan international, les combats sur le terrain ont montré les limites de Daesh face à une armée bien organisée. En quelques mois, l’armée russe a démontré avec force, l’efficacité tactique et stratégique sur un plan stricto militaire. Force est de constater que les russes ont réussi, là, où les occidentaux ont hésité à combattre sur le terrain Daesh, pour des raisons parfois compréhensibles, parfois également par manque d’audace.

Al contrario, il est à saluer le courage des combattants Kurdes qui, ont su endiguer l’avancée de Daesh sur certains territoires. Par ailleurs, la position des Kurdes, en particulier dans les attaques qui se dérouleront dans la région de raqqa et au Nord sont extrêmement importantes, que ça soit du côté de la frontière syrienne ou irakienne. Dans ces conditions, la problématique de la question kurde va se poser avec une acuité particulière à l’issue du conflit syrien.

Un autre point est à prendre en compte à la fin du conflit syrien: l’opposition sunnite est très disparate et sa représentativité à Genève pose un réel problème. Autant sur le terrain, les différents mouvements d’oppositions sont conduits à collaborer, autant  autour des tables de négociation, le consensus va être difficile à trouver. Dans ce contexte, la question de quelle opposition soutenir va se poser avec urgence, entre les différentes oppositions (modérées, libérales, islamistes).

Si Bachal Al Assad continue actuellement de bénéficier du soutien russe, l’opposition quant à elle ne bénéficie pas d’un réel soutien occidental. Dans ce contexte, il est à craindre que la crise continue. Cette même problématique se posera aussi en Irak, entre une majorité sunnite qui ne reconnaît par le gouvernement chiite irakien qui occupe toutes les fonctions de l’appareil étatique. De ce rejet du gouvernement actuel, le risque de voir perdurer les tensions et de recréer un autre groupe du même ordre que Daesh n’est pas à exclure.

A cet égard, la Libye est un pays où prévaut une situation à l’irakienne, opposant divers acteurs: une élite porteuse d’une vision et d’un projet d’Etat centralisé islamique et tourné vers la modernité, des séparatistes, des islamistes et des groupes criminels jouant leur propre jeu sur une base provinciale et tribale. Dans ce contexte, il est à craindre que la Libye devienne dans un avenir proche le théâtre d’une nouvelle déstabilisation régionale, en Afrique, et un foyer de repli pour les djihadistes internationaux.

Au niveau national, le combat contre Daesh sera d’un ordre différent. En ce sens que la destruction totale de Daesh ne se fera pas seulement à coup de perquisitions ou de démantèlement de cellules dormantes, mais par le biais d’une politique sociale plus juste d’une part qui passe par la réduction des inégalités sociales dans les pays concernés par les actes de terrorisme.

Que ça soit à Abidjan, Tunis, Paris, Bruxelles, ou d’autres futures grandes capitales qui seront visées, Daesh va profiter des inégalités sociales, de la frustration des personnes en manque de repère, pour recruter et attirer dans ses filets de nombreux candidats, en instrumentalisant la religion comme levier pour attiser la haine qui ne demande, qu’à exploser comme ces kamikazes le font avec une certaine lâcheté, en visant des populations désarmées.

Le combat pour vaincre Daesh passe inéluctablement  par la mise en place d’un renseignement humain de proximité, qui nécessite l’infiltration des terrains fertiles au recrutement (prison,  internet, quartier sensible, mosquée etc..)  pour empêcher d’autres cellules de se former.

Outre, la lutte contre les inégalités sociales, une réponse appropriée devra être apportée pour une meilleure compréhension de l’islam. La méconnaissance pour une grande majorité des candidats au djihâd de l’islam est souvent un socle sur lequel les recruteurs s’appuient pour les endoctriner. Toutefois, il est nécessaire de rappeler que l’islam est souvent utilisé comme un outil de propagande, alors que le problème principal trouve sa source dans les inégalités sociales et le communautarisme de toutes sortes, quel qui soit, peut accentuer le sentiment du rejet de l’autre et de l’enfermement sur des idéologies conduisant au développement de la haine.

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