La religion dans les relations internationales: Source d’espoir ou de désespoir?

Depuis la fin  de la bipolarité de nombreuses questions sont apparues dans les relations internationales. Des enjeux énergétiques, économiques, commerciaux, religieux qui avaient été occultés durant la guerre froide ont resurgit dans le paysage internationale.

A ce propos, il est intéressant d’analyser l’intersection de la religion dans les relations internationales. Les facteurs religieux et linguistiques imbriqués ont un impact sur la place jouée par les unions linguistiques et les aires géoculturelles à l’époque contemporaine et historiquement dans les relations internationales.

Pour certains observateurs, la religion correspond à une autre conception du monde. Selon l’approche occidentale, basée sur le concept intellectuel, rationnel-instrumental tend à considérer la religion comme non-moderne, primitive, voire non rationnelle. Or, dans les relations internationales contemporaines, plusieurs valeurs se croisent et révèlent la complexité des relations sociales.

 La sphère religieuse dans les relations internationales peut avoir un rôle pacifique dans l’apaisement des conflits. La présence des ONG religieuses contemporaines contribuent parfois à  infléchir la politique internationale. Plus récemment, le geste du pape en faveur des réfugies,  témoigne de cette capacité à agir sur les questions internationales.

 Cependant, la religion est souvent présentée comme source de conflit, l’instrumentalisation que certains acteurs politiques en font, peut conduire à des guerres civiles qui prennent l’aspect de guerre de religion. C’est cette dichotomie qui caractérise le fait religieux sur les relations internationales.

Le besoin urgent de trouver des repères dans un monde où le libéralisme et la structure normative occidentale repose sur l’économie, pousse certaines aires géoculturelles à revenir aux références religieuses. C’est la raison pour laquelle dans cette courte analyse, nous tenterons de comprendre si la religion est source d’espoir ou de désespoir dans les relations internationales, par le biais d’exemples précis et le rôle que cette dernière peut jouer sur des zones géographiques telles que l’Europe, l’Afrique subsaharienne et le monde arabo-musulman.

La résurgence globale de la religion tout comme le pluralisme culturel définit la société internationale et réclame « l’authenticité » aux dépens du développement comme préoccupation fondamentale du monde en mutation. L’influence des croyances chrétiennes ou de l’islam sur les relations internationales n’est pas récente.

Cette influence peut être considérée comme créatrice de passerelles en politique internationale. La construction européenne par exemple s’est faite sur des valeurs chrétiennes. Bien avant la construction européenne, dans l’antiquité, un ordre juridique international avait été mis en place. La technique des traités par exemple instaurait des relations quasi diplomatiques au sens moderne.


Religion et éthique dans la construction européenne


A cet égard, deux concepts juridiques existaient pour créer des relations juridiques entre romains et non romains : le Jus fétiale et le Jus gentium. Le premier est d’inspiration religieuse, c’est l’idée selon laquelle l’ambassadeur a des droits inviolables.  Le second fait référence au droit des gens, qui permet aux romains de nouer des relations juridiques contractuelles avec des non romains. Des penseurs tels que Hugo Grotius, Thomas Hobbes vont évoluer le jus gentium vers un droit international.

Dans les premières années de la construction européenne, le projet de la démocratie chrétienne voulait une vision d’une Europe unie et fédérale avec l’enseignement du catholicisme social utilisé pour modeler et promouvoir la construction européenne.  Aujourd’hui, ce qui semble être important, ce n’est pas la vision  théo-politique, mais les appels à l’éthique globale et au dialogue entre les civilisations.

Sur ce point, la religion a parfois été utilisée comme garde frontière régionale pour revendiquer une identité en opposition aux valeurs supposées que représentent une autre religion. Dans ce contexte, la religion peut être un facteur de conflit ou de catalyseur, mais elle peut être aussi une source de modération. Quand elle est une source de conflit, elle augmente le niveau de violence et intensifie le conflit.

Pour certains auteurs, tels que Kaplan ou Huntington, la religion est un facteur principal de conflit. Cette approche est considérée comme primordialiste dans les relations internationales, pour d’autres, la religion est instrumentalisée à des fins politiques. Elle sert de justification pour les élites politiques. Cette approche est considérée comme instrumentaliste. En revanche pour les tenants de l’approche dite constructiviste, la religion repose sur une structure intersubjective indépendante de sa propre existence. Autrement dit l’instrumentalisation du fait religieux  n’est pas l’élément essentiel à la compréhension des conflits.


Relations entre identités religieuses et conflits armés en Afrique


Concrètement ces approches ont une part de vérité chacune. En Afrique, l’approche instrumentaliste semble la plus pertinente. Les relations entre identités religieuses et conflits armés servent souvent de prétexte pour les hommes politiques. A cet égard, le rôle de la religion dans les constructions sociales en Afrique joue un rôle central dans les sociétés subsahariennes. Cependant, il faut garder en tête que la religion ici est utilisée comme un moyen pour accéder au pouvoir. A cela, il faut rajouter l’influence des facteurs démographiques et culturels sur les conflits.

Dans les pays de l’Afrique noire,  le Nord est souvent composé des populations en majorité de confessions musulmanes, à l’inverse du Sud où on trouve une grande majorité de chrétiens. Cette ramification est instrumentalisée et facilitée par les inégalités horizontales. Toutefois, une distinction est à faire entre des élites politiques et des élites culturelles.

A cet effet, l’instrumentalisation de la religion par les élites politiques reposent sur 4 approches:

  • Instrumentalisation du discours religieux qui transforme la nature en conflit
  • Référence à des symboles
  • Référence au dogme religieux
  • Recours à la rhétorique religieuse

En Europe, comme on l’a vu précédemment, la construction européenne s’est faite sur des valeurs chrétiennes. Entre autres, la papauté, a joué un rôle non négligeable, notamment par l’appui de la pensée pontificale européenne sur le projet européen, mais d’autres influences ont eu un rôle plus obscures dans la construction d’une Europe ouverte au monde.


L’influence  conservatrice du catholicisme américain sur l’Europe


A cet égard, la tentative d’implantation du conservatisme catholique états-unien en Europe est  un élément à prendre en compte dans la construction européenne. Après la reconquête de l’Amérique, cette mouvance souhaite reconquérir l’Europe. Cette approche se base sur une vision culturaliste, l’Europe est vue comme la première matrice, pour faire barrage à la montée de l’islam. On retrouve dans cette logique un occidentalisme assumé qui trouve ses racines dans l’influence des auteurs comme Huntington.

Les conservateurs américains sont beaucoup plus catastrophistes, voire décadentistes. Ils dénoncent une Europe séculariste, multiculturelle, ouverte, impuissante face à la montée de l’islam, ils parlent même « d’Eurabia ». C’est cette influence que l’on retrouve dans les pays tels que la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, l’Italie, l’Espagne où on observe une forte réticence à accueillir les refugies de confessions musulmanes…  pour les tenants de cette approche, la France représente un gros challenge car c’est le pays le plus décadent!

Cette vision néo-conservatrice américaine est dangereuse pour la recherche de la paix internationale, car elle conduit à accentuer la thèse du choc de civilisation, voire même le concept de la guerre des religions. A ce titre, l’islam est perçu comme la religion à combattre.


Construction d’une identité religieuse dans le monde arabo-musulman et stratégie d’influence régionale


L’islam a joué un rôle substantiel dans le mouvement de réforme du monde arabo-musulman. La première pensée de réforme de l’islam date de la seconde moitié du 19ème siècle dans l’Empire ottoman. La problématique suivante était de savoir comment faire face aux défis étrangers internes et externes? L’enjeu ici était la modernisation ottoman de la langue arabe qui repose sur trois points:

  • Le panislamisme: l’empire ottoman réformé unissant tous les peuples musulmans de la planète.
  • La tendance salafiste qui voudrait adapter l’islam et l’Empire ottoman en fonction de l’islam originel.
  • L’arabiste: plus d’autonomie pour les communautés ethniques & linguistiques. Autrement dit une décentralisation.

En 1910, un tournant s’est imposé avec un coup d’Etat du comité union et progrès. La fin de l’arabisme marque le début du nationalisme arabe. A cet égard, on observe que le nationalisme arabe  à majorité musulmane est soutenu par les Britanniques, tandis que le nationalisme arabe à majorité chrétienne est soutenu par la France.

La religion dans les relations internationales peut également servir de levier, comme stratégie d’hégémonie régionale. Le rôle de l’Iran l’illustre parfaitement, avec le financement du Hezbollah libanais. Les fondations chiites représentent environ 7 à 8 % du PIB libanais, elles sont contrôlées indirectement par le guide suprême Ali Khamenei.

Traditionnellement  au Liban, les chiites sont marginalisés. Après septembre noir en Jordanie, de nombreux réfugies palestiniens arrivent dans le sud du Liban ce qui provoquent les tensions avec les populations chiites locales qui dans un premier temps collaborent avec Israël.

 Les trois objectifs en 1985 du Hezbollah libanais étaient la défense de l’islam, la promotion de la révolution islamique iranienne et la volonté d’instaurer un régime théocratique similaire au Liban. Aujourd’hui, l’organisation accepte le contexte politique libanais, bien qu’elle soit toujours soumise à l’autorité doctrinale iranienne.


Source de paix ou de chaos?


Pour le philosophe allemand Feuerbach, la religion rend l’homme étranger à lui même et dédouble le monde en un monde religieux, objet de représentation, et un monde temporel. Feuerbach résout l’essence religieuse en l’essence humaine. Mais l’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans la réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux.

 Sur la scène internationale,  la complexité de la religion dans les relations internationales est un élément non négligeable à considérer sur les grandes crises internationales, mais n’est pas le principal facteur de conflit. Comme on l’a vu précédemment, les valeurs morales que la religion revendique, peuvent être source de paix. D’ailleurs, le droit international humanitaire trouve une part d’inspiration religieuse, en ce sens, la religion peut être considérée  comme une source d’espoir.

Toutefois, cette complexité du fait religieux peut être aussi une source de chaos et peut provoquer plus de violence et par conséquent peut être perçue comme une source de désespoir. L’intégrisme religieux caractérisé ces dernières années par des organisations terroristes qui mettent en avant le facteur religieux comme source d’inspiration témoigne de cette difficulté à trancher sur cette question.  C’est ce dualisme qui définit la religion dans les relations internationales.

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