L’éducation vecteur de violence?

Dans les situations d’instabilités politiques, l’école devient à la fois le symbole de violence et de l’ordre établi pour certains, et le vecteurs d’espoirs et de nouvelles revendications sociales, politiques et identitaires pour d’autres. Instrumentalisée de parts et d’autres, l’éducation fait l’objet de multiples attaques en tant que symbole de la pensée occidentale. De nombreuses études ont déjà posé en question le lien entre violences scolaires et conflits armés. Si certains observent une relation de causalité entre déclassements scolaires des jeunes et conflits armés, d’autres en revanche tendent à nuancer cette approche.

Le présent article, n’interroge pas le rôle de l’école dans la genèse des conflits en tant que tel, mais souligne néanmoins l’image véhiculée et instrumentalisée par certains acteurs comme outil de cristallisations identitaires et potentiellement sources de tensions.

Selon les sources de l’Unesco, une part importante des 69 millions d’enfants non scolarisés dans le monde vit dans des pays touchés par la guerre et des catastrophes naturelles. Il est de plus en plus admis qu’il existe une certaine corrélation entre les conflits armés et le manque d’accès à l’éducation dans certaines zones géographiques.

L’UNICEF  estime à 250.000, le nombre d’enfants soldats dans le monde, dont environ 40% de jeunes filles. La plupart de ces enfants sont enrôlés sur le continent africain. Les enfants sont le plus souvent enlevés et recrutés de force dans les groupes armés comme en Centrafrique. Parfois, ils rejoignent volontairement ces groupes armés pour des raisons diverses : séparer de leurs familles, raisons de pauvreté, habitent des zones de conflits, inégalité à l’accès à l’emploi, à l’éducation.

Dans une grande partie du monde, l’éducation est souvent associée comme un moyen  permettant de sortir de la pauvreté en s’émancipant de la culture traditionnelle par le savoir, par la connaissance et la valorisation des compétences acquises durant toute la scolarité. Pourtant, l’éducation a fait l’objet,  au cours de ces dernières années, d’attaques violentes et meurtrières dans certaines régions du monde.

Au fur à mesure que la mondialisation se déploie, l’éducation tend à être analysée par certaines aires géoculturelles comme étant une nouvelle forme de colonisation occidentale. L’exemple de Malala l’illustre parfaitement. Malala Yousafzay  de nationalité pakistanaise a reçu en 2014, le prix Nobel de la paix. Celle qui fut victime d’une tentative d’assassinat des talibans, est devenue le symbole de la lutte contre l’obscurantisme islamiste.

Pour rappel, dès l’âge de 11 ans, Malala Yousafzay est devenue célèbre en signant, sous le pseudonyme Gul Makai, le blog en ourdou, journal d’une écolière pakistanaise, sur le site internet de la chaîne BBC. Elle y dénonçait notamment, les violences commises par les talibans qui incendiaient les écoles pour filles. Malala avait fait de l’éducation pour les filles son combat. Après avoir détruit de nombreuses écoles en 2008, les talibans avaient édicté en janvier 2009, un décret religieux interdisant l’école aux filles.

L’éducation est profondément liée au mouvement de mondialisation et au bouleversement des pratiques culturelles que celle-ci entraine. A ce titre, l’école est assimilée comme un paradigme occidental qui tend à bouleverser certaines valeurs traditionnelles. Cette perception peut créer des tensions et être source de violence comme l’atteste l’exemple de Malala.

Outre ce cas, l’enlèvement de 276 jeunes lycéennes au Nigéria dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, par le groupe armé Boko Haram témoigne de ce rejet que représente l’éducation pour des groupes armés tels  que Boko Haram. D’ailleurs Boko Haram signifie « l’éducation est un pêché », autrement dit l’éducation occidentale est un pêché.

Dans ces conditions, on observe que l’éducation peut devenir une ligne de fracture dans certaines parties du globe. À cet égard,  l’Unesco, lors de sa conférence du 07 novembre 2015 soulignait le rôle de l’éducation dans la prévention des conflits violents.

 L’organisation s’est donnée pour mission de contribuer à la   construction de la paix, à la réduction de la pauvreté, au développement durable, au dialogue interculturel, et  l’éducation a toujours été considérée comme l’une de ses activités principales pour atteindre cet objectif.

Force est de constater que les pays qui ont un faible niveau d’éducation sont ceux qui accumulent un retard certain, au niveau du développement tant sur  un plan économique, santé, social et sont souvent des zones à fortes tensions et potentiellement des futurs foyers de conflits. Autrement dit, l’éducation par le biais de l’école est instrumentalisée par certains acteurs comme espace de revendications identitaires et d’oppositions aux valeurs progressistes.

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