Peut-on encore concilier démocratie libérale et capitalisme?

wall-streets-monument-to-greedIl est de plus en plus admis qu’il existe un lien naturel entre les démocraties libérales et le capitalisme. Ils partagent la conviction que les personnes doivent faire leurs propres choix en tant qu’individus et citoyens. La démocratie et le capitalisme partagent l’idée selon laquelle les peuples ont le droit de gouverner. Néanmoins ces deux notions s’opposent également par le fait que la démocratie est considérée comme égalitaire et le capitalisme comme étant non égalitaire.

L’histoire montre que l’ascension du capitalisme et les revendications pour un suffrage électoral toujours plus large vont ensemble. C’est la raison pour laquelle , les pays développés sont des démocraties libérales avec des économies plus ou moins capitalistes. Dans une moindre mesure, la redistribution des revenus a permis de légitimer le capitalisme, ainsi de stabiliser la démocratie.

Toutefois de nos jours, l’inégalité croissante et la disparité qui ne cesse de croitre entre les différentes strates de la société accentue le sentiment anti-démocratique de nos sociétés et décrédibilise le capitalisme comme concept universel de bonne gouvernance. Ce sentiment est d’autant plus visible que la mondialisation économique renforce l’idée selon laquelle le capitalisme est un modèle qui concentrerait des richesses au sein d’une part de la population de plus en plus réduite, et une paupérisation du reste de la population.

Sous l’impulsion de la mondialisation, l’indépendance nationale tendrait à diminuer comme le fait remarquer le professeur Dani Rodrik de Havard : « La démocratie, la souveraineté nationale et l’intégration économique mondialisée sont mutuellement incompatibles: nous pouvons en allier deux sur trois, mais jamais les trois simultanément et totalement ».  Si les pays sont libres d’établir leurs lois nationales,  la liberté de commercer par delà des frontières en revanche se restreint. A l’inverse, si les barrières sont levées et les règlementations harmonisées, l’indépendance législative des nations se restreint. Autrement dit, la liberté de circulation des capitaux est celle qui réduit tout particulièrement le pouvoir des Etats à décider de leur propre fiscalité et de leurs législations.

C’est dans ce contexte que la démocratie libérale et le capitalisme doivent cohabiter. Par ailleurs, la mondialisation économique qui prône la liberté de circulation des biens et des capitaux, des marchandises, des personnes, engendre ce conflit entre liberté individuelle et souveraineté démocratique. Si la première accepte que les personnes sont libres d’aller vivre là ou elles le souhaitent, la seconde en revanche se base sur la citoyenneté en tant que facteur d’identité.

Pour les entreprises et les multinationales, l’immigration est un atout indéniable, elles y voient la possibilité de recruter librement. Il n’est pas surprenant que l’immigration soit devenue la source des tensions politiques dans les démocraties libérales. L’exemple américain à travers la campagne électorale de Donal Drump l’illustre parfaitement, de même que les idées défendues par les souverainistes de la droite extrême française ou d’une partie aussi de l’électoral de l’extrême gauche française témoigne de cette dichotomie existante entre démocratie libérale et capitalisme.

D’autant plus que la crise économique et financière de 2008 a mis en perspective les failles d’une dérégulation économique sans limite qui a eu pour conséquence d’accentuer le fossé entre la démocratie (dans le sens premier du terme le pouvoir au peuple) et les élites dirigeantes pour la plupart représentant le capitalisme. L’exemple récent de l’ancien président de la commission européenne José Manuel Barroso rejoignant la banque d’affaires américaine illustre à merveille la connivence entre certains élites politiques et le monde économique au profit des intérêts particuliers.

A la lumière de ce constat, il semble de plus en plus difficile de concilier démocratie libérale et capitalisme. Les signes avant coureurs de l’échec de ces deux termes sont présents depuis bien longtemps: le recul quasi général de la participation électorale, la montée du populisme de droite, l’effondrement des solidarités sociales, le recul des libertés civiles depuis le 11 septembre 2001, le retour des frontières, sont des facteurs qui mettent en lumière l’effritement de cette idéologie.

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