Le retour des frontières: symbole de la fin de la mondialisation?

La société internationale est structurée par la coexistence et la coopération d’Etats souverains, la frontière est la donnée politique et juridique fondamentale à la définition et les prérogatives d’un Etat. Pour autant, elle n’est pas indispensable à l’existence d’un Etat. S’il n’ y a pas  de frontière sans Etat, il existe des Etats sans frontières. L’exemple de la Corée du Nord et du sud l’illustre. En effet, il n’existe pas de frontière, mais une ligne d’armistice, par nature provisoire. Israël n’a pas plus de frontière avec la Cisjordanie ou Gaza, mais une ligne de séparation dont la qualification demeure incertaine. En Europe, l’arrivée massive de refugiés fuyant la guerre ou des conditions misérables d’existence a relancé le débat sur les frontières de l’Europe, de même que les différents attentats perpétrés sur le sol européen à Paris et Bruxelles ont contribué à accentuer ce débat. Derrière la remise en cause des frontières se cache celle de l’Etat et plus précisément de l’Etat-Nation. A cette dimension idéologique s’ajoute aussi la dynamique technologique et économique qui pousse à l’ouverture et à la mondialisation des échanges. Dans ce contexte, il est légitime de se questionner si le retour des frontières ne marque pas le renouveau de l’Etat-nation? Et dans une moindre mesure la fin de la mondialisation?  

Depuis quelques années, les frontières semblaient perdre de leur importance, car l’accent était mis sur la libre circulation des hommes et des marchandises. A cet égard, la mondialisation économique et financière était perçue comme un outil essentiel, parce qu’elle privilégiait des flux multiples entre elles. Tous ces éléments laissaient entrevoir la fin des territoires. Cependant, les frontières ont résisté, mais  on a également redécouvert l’importance des territoires, tant en terme stratégique, que sur un plan économique et humain.

Dès lors, on observe aujourd’hui une prolifération des murs ou des lignes de délimitation. Désormais, la porosité des frontières fait place aux murs qui les ferment, la volonté de Donald Trump de construire un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis témoigne de ce retour des frontières au premier plan des enjeux internationaux. L’Europe n’est pas épargnée par ce débat, l’espace Schengen à cet égard est un révélateur de la négation des frontières, de plus en plus contestée par certains dirigeants politiques.

La nécessité de revoir l’espace Schengen se pose avec une acuité particulière dans le contexte de la crise des migrants auxquels l’Europe doit faire face. Le rejet de certains pays de l’Union  de partager le « poids » des réfugies place l’Union européenne face à un nouveau défi. C’est dans ce contexte que la sortie du Royaume-Uni de l’Union doit être également analysée. En effet, le peuple britannique a manifesté une volonté ferme de reprendre le contrôle de ses frontières, non seulement pour faire face à l’immigration moyen orientale, et africaine, mais également européenne.

****

L’ouverture des frontières est désormais perçue comme une menace virtuelle que comme un progrès. Comme le fait remarquer Serge Sur, rédacteur en chef à la revue questions internationales, les frontières se sont démultipliées dans l’espace aérien et les aéroports sont perçus comme de nouvelles frontières. L’espace maritime n’échappe pas à ce constat, il occupe même une place importante dans les différents litiges qui opposent les Etats côtiers.  Chacun tend à élargir son plateau continental  et sa zone économique afin d’accroitre leur influence du territoire terrestre. (Pour une analyse détaillée voir l’article suivant): L’espace maritime, un territoire de plus en plus convoité?

 La réalité des frontières a été bouleversée par l’idéologie de la mondialisation économique et financière, en contribuant à un moindre contrôle des frontières. Pour les entreprises et les multinationales, l’ouverture des frontières est un atout, car elles y voient la possibilité de recruter librement, il n’est pas surprenant dans ces conditions que l’immigration est devenue la source de tensions politiques dans les démocraties occidentales.

L’ouverture des frontières s’accompagne aussi par la mise en place de nouvelles technologies de communication, tissant ainsi la toile d’un cyberespace réputé lui aussi « sans frontières ». Dans ce contexte, la réaffirmation des frontières internationales qu’elles soient terrestres, maritimes ou aériennes par les Etats revêt de plus en plus un enjeu sécuritaire où la maitrise des frontières devient une nécessité absolue.

****

Selon Michel Foucher, géographe et ancien ambassadeur, on peut identifier plusieurs lignes directives à la problématique frontalière contemporaine : la première est la territorialisation des océans, à ce propos, l’Arctique est un cas d’école. Dans le cas de l’Arctique, la question géopolitique concerne le statut du détroit d’une part qui renvoie à l’extension de la souveraineté des Etats (Canada, Russie) sur les passages maritimes. Et d’autre part, la question des plateaux continentaux qui renvoie à l’exercice des droits souverains sur les espaces maritimes prévus par la convention du droit de la mer.

La problématique suivante dans ce contexte est la remise en cause d’une part de l’existence d’eaux polaires internationales, qui pose la question des frontières maritimes, et d’autre part celle sur le développement des forages de prospection ou d’exploitation gaziers et pétrolier au large des côtes.

La seconde problématique identifiable serait liée à la persistance des tensions au Moyen-Orient et en Afrique, la troisième concernerait le développement des  pratiques de durcissement sous formes de clôtures au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Amérique du Nord et désormais en Europe. D’autre lignes  sont aussi mobilisables, telles que la prégnance des questions migratoires, la remise en cause des statuts quo territoriaux par plusieurs Etats,  enfin la multiplication des échanges de biens et la circulation des hommes sont autant de lignes directives à la problématique frontalière contemporaine.

****

Pour autant, le retour au frontière traduit-il la fin de la mondialisation, telle que nous la connaissons actuellement?  La réponse à cette question tend de plus en plus à l’affirmative. De nombreux pays tant dans le monde occidental, qu’au niveau des pays émergents se tournent de plus en plus vers le protectionnisme économique et la préservation des intérêts stratégiques. Les différentes crises successives ont mis en avant les risques d’une dérégulation économique sans limite et ni contrôle qui a eu pour conséquence de creuser les inégalités à l’intérieur des pays et d’accentuer le sentiment de perte de souveraineté. A cet égard, l’Europe est l’exemple par excellence, qui démontre la volonté de plus en plus grandissante  de retrouver une indépendance vis à vis des institutions de Bruxelles.

Le vote britannique en faveur du Brexit l’atteste, le désir de renouer avec le contrôle des frontières est d’autant plus vif que les électeurs attribuent une grande part de leurs difficultés économiques à l’Europe. Aux Etats-Unis, le succès de Donald Trump s’explique aussi par ses propositions choques de redonner à l’Amérique toute sa grandeur et tout ceci passe d’abord par l’amélioration des conditions économiques, basée sur un protectionnisme accru.

En France, le « Made in France » défendu par certains candidat supposé à la présidentielle trouve un écho particulier dans une France en souffrance où le taux de chômage reste inéluctablement élevé.  L’affaiblissement des frontières étatiques conduit à des replis locaux et à l’apparition des nouvelles lignes idéologiques. Les idées isolationnismes et protectionnismes en constat progrès marquent sans doute le début de la  fin de la mondialisation, telle qu’elle est pratiquée actuellement et peut être la naissance du ère nouvelle qui demeure néanmoins,  plein d’incertitude tant au niveau économique que sur un plan géopolitique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s