L’OTAN va t-elle se disloquer?

Le futur président des Etats-Unis, Donald Trump va t-il aller au bout de sa logique isolationniste en brisant le point clef de la Charte de l’Alliance atlantique, par l’intermédiaire de l’article 5 qui stipule qu’une attaque contre n’importe lequel de ses membres serait une attaque contre tous? Le nouveau président américain qui n’a pas caché son admiration pour le président russe Vladimir Poutine, semble partager la même approche sur la politique étrangère que son homologue russe. Une admiration réciproque, puisque le président russe l’avait qualifié d’homme brillant et plein de talent.

Dans ces conditions, il apparaît de plus en plus crédible un rapprochement entre les deux pays. De surcroit, Donald Trump prône un désengagement dans les affaires européennes, par conséquent, il dévient de moins en moins envisageable de voir  une confrontation entre les des deux puissances militaires. Dans une situation qui risque d’être similaire en France, la possible élection de la candidate frontiste Marine le Pen à l’Elysée sonnerait probablement la sortie de la France de l’OTAN.  Dans un tout autre registre, la Turquie qui est la principale armée de l’OTAN sur le flanc sud-est joue sa propre partition, conjuguée au fait que les membres venus de l’ex pacte de Varsovie, comme la Hongrie et la Bulgarie, se rapprochent clairement de la Russie,  la question de l’utilité de l’OTAN se pose de plus de plus, avec une acuité particulière. Dans ce contexte, il est légitime de se demander si l’OTAN est-elle en danger de dislocation?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, une brève analyse historique de cette organisation qui a vu le jour le 4 avril 1949 constituera la première partie de ce billet, par la suite, nous verrons l’évolution de ses missions et la dimension régionale de ces actions sur la scène internationale. L’objectif de cette courte analyse est d’apporter les éléments de compréhension de cette organisation dont les prérogatives initiales lors de sa création semble être devenues obsolètes au regard de l’évolution du contexte international.


La genèse de l’Alliance atlantique


L’OTAN est née de la guerre froide et de l’affrontement des blocs est/ouest. Selon le premier secrétaire général de l’OTAN, l’objectif était de garder les russes à l’extérieur, les américains à l’intérieur  et les allemands sous tutelle. Autrement dit « keep russian out, american in and german down ». Plusieurs pays européens vont lier un pacte défensif face à la « menace soviétique ».

Les cinq pays européens à l’origine sont la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, signant le traité de Bruxelles le 17mars 1948. Dans son article 5, il prévoit, qu’en cas d’agression d’un des pays membres,  les autres l’assisteraient militairement. Cependant, pour faire face à la menace soviétique, les pays européens se tournent rapidement vers les Etats-Unis afin de compléter l’efficacité de leur sécurité. Cette démarche aboutira à la mise en place de l’OTAN, avec la signature du traité de Washington le 4 avril 1949 qui institue, un système de sécurité commune fondé sur un partenariat entre douze pays. (entre temps,  le Danemark, l’Islande, la Norvège, l’Italie et le Portugal vont adhérer au processus, rejoint par le Canada et les Etats-Unis)

Ainsi l’OTAN (organisation du traité de l’atlantique nord)  voit le jour, conformément  à l’article 51 de la Charte de l’ONU, le traité réaffirme le droit naturel des Etats indépendants à la légitime défense, individuelle ou collective. Dans sa forme première,  l’OTAN restait une alliance de type traditionnel comme nous allons l’analyser dans la partie qui suit.


Les alliances militaires


Les alliances militaires sont traditionnellement fondées sur  des solidarités interétatiques. De nos jours, les alliances fonctionnent dans un contexte international profondément bouleversé, voire instable, les obligeant à se repenser, et à se recomposer. De plus, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le droit international interdit le recours à la force et développe des règles de plus en plus nombreuses applicables aux conflits armés.

Il n’est pas aisé toutefois de définir la notion de conflits armés, plusieurs termes sont souvent employés: guerre, conflit, emploi de la force, crises.. Par conséquent définir le contexte dans lequel s’instaure, les alliances résultent d’une grande complexité. Cependant, on peut dresser une typologie. De manière générale, les alliances sont des traités qui peuvent prendre plusieurs formes. (bilatérales, multilatérales, directes, égales, inégales, temporaires ou permanentes)

Comme dans tout traité, on trouve un préambule qui énonce les indications utiles et importantes, les références relatives au contexte international, mais également des clauses. Après le préambule, on trouve les dispositifs relatifs à l’alliance, c’est-à-dire le fond qui caractérise les buts de l’alliance. Ces dispositifs varies selon les alliances. En générale, on dénombre cinq catégories:

  • Le principe de consultation entre alliés: permet aux alliés de synchroniser leurs politiques et par conséquent d’éviter des malentendus.
  • Le casus federis, c’est une clause qui prévoit la réalisation de la légitime défense collective comme prévue selon le contrat. Cette clause n’est pas automatique ; pour que les alliés puissent apporter assistance comme prévue, il est nécessaire de remplir trois  conditions. (effectivité de l’agression, l’attaque doit revêtir une certaine ampleur, l’attaque doit venir de l’extérieur)
  • L’ère géographique de l’Alliance : une clause relative à la zone géographique de l’alliance, c’est-à-dire l’étendue territoriale que les alliés s’engagent à défendre contre toute agression.
  • Contenu et modalité de l’assistance : l’assistance que se doivent les alliés est essentiellement militaire, mais ces assistances peuvent être d’ordre économique, renseignement, espionnage, contre-espionnage.
  • Durée du traité de l’alliance: De manière générale, un traité a tendance a duré, surtout si les parties partagent des valeurs communes et ont des intérêts stratégiques communs.

L’OTAN n’échappe pas à ce type de dispositif, en effet dans ses fondements, on retrouve toutes ces caractéristiques ; premièrement l’OTAN est une alliance politique et militaire. Sur le plan politique,  L’OTAN a pour but de promouvoir les valeurs démocratiques et d’encourager la consultation et la coopération sur les questions de défense et de sécurité afin d’instaurer la confiance et, à long terme, de prévenir les conflits.

Sur le plan militaire,  L’OTAN est attachée à la résolution pacifique des différends. Si les efforts diplomatiques échouent, elle possède les capacités militaires nécessaires pour entreprendre des opérations de gestion de crise. Celles-ci sont menées au titre de l’article 5 du Traité de Washington – le traité fondateur de l’OTAN – ou sous mandat de l’ONU, par l’OTAN seule ou en coopération avec d’autres pays ou organisations internationales.

Deuxièmement, L’OTAN adhère au principe selon lequel une attaque contre l’un ou plusieurs de ses membres est considérée comme une attaque dirigée contre tous. Il s’agit du principe de la défense collective, qui est consacré dans l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord.

À ce jour, l’article 5 n’a été invoqué qu’une seule fois – en réponse aux attentats terroristes du 11 septembre contre les Etats-Unis.

L’ère géographique constitue le troisième axe fondateur de l’alliance; L’OTAN est une alliance de pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Elle établit un lien unique entre ces deux continents pour la consultation et la coopération dans les secteurs de la défense et de la sécurité, et pour la conduite d’opérations multinationales de gestion de crise

Dans la quatrième et dernière partie on trouve les concepts stratégiques qui définissent les tâches et principes fondamentaux de l’Alliance, ses valeurs, l’environnement de sécurité changeant et ses objectifs stratégiques pour les dix années à suivre. Le Concept stratégique de 2010 énonce comme tâches essentielles de l’OTAN la défense collective, la gestion de crise et la sécurité coopérative. C’est cette dernière partie qui est souvent source de discorde.


La fin de guerre froide et l’évolution stratégique de l’Alliance


En effet, depuis la chute de l’Union soviétique, la question de la survie de l’OTAN est posée. Historiquement, les alliances n’ont généralement pas survécus aux alliances qui les ont fait naître. Dans les années 90, cette question a suscité de nombreux débats quand la Russie était en décomposition. Or, depuis, l’avènement de Poutine  et sa volonté de redonner sa grandeur passée à la Russie, ce pays a véhiculé le sentiment d’être redevenu agressif.

D’autant plus que l’élargissement de l’OTAN vers l’est fait renaître l’opposition de deux blocs. Toutefois, ce sentiment doit être nuancé, au sein de l’OTAN on trouve des pays pro atlantistes et des pays pro russes comme la Hongrie et la Bulgarie, de surcroît la Turquie qui  est la deuxième armée  en terme d’effectifs de l’Alliance, après l’armée américaine tente un rapprochement stratégique avec la Russie, notamment sur le plan militaire, par l’échange de renseignement.

Dans ces conditions, il est difficile de parler d’une alliance qui s’opposerait strictement aux intérêts russes. De plus dans son concept stratégique de 2010, les experts émettaient le souhait de renforcer les liens avec la Russie, afin d’œuvrer dans les intérêts communs comme la défense anti-missile, le contre-terrorisme ou encore sur la lutte contre le trafic de drogue et la sécurité maritime.  Ce qui soulève avec persistance la question de l’existence de l’OTAN! Il convient de rappeler que l’OTAN représente 52 % des dépenses militaires mondiales, ce qui peut expliquer en partie la raison pour laquelle, elle a survécu depuis ces années.

Plus globalement, même si les alliances militaires prédominent aujourd’hui sur les relations internationales, on trouve néanmoins à côté toutes sortes d’organisations régionales prévues par la Charte des Nations unies. En effet, depuis les années 90,on assiste à une explosion d’organismes régionaux, l’influence croissante des organismes régionaux s’expliquent en partie par l’incapacité de l’ONU à résoudre les conflits internationaux.

Dans le domaine de la sécurité internationale, l’Etat est amené à développer une coopération avec les autres Etats. Le premier type de coopération historique a été les alliances militaires, qui ont permis de stabiliser les relations internationales. Néanmoins, elles ont entrainé des contre-alliances qui peuvent être à l’origine des guerres, à titre d’exemple la Première guerre mondiale. A l’heure d’aujourd’hui, il est à craindre que l’Alliance joue un rôle néfaste dans la stabilité des relations internationales, d’où la question posée de savoir, si les alliances militaires ont encore du sens, dans la mesure où elles sont susceptibles de conduire à des contre alliances et de produire par voie de conséquence des conflits…

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