La communauté internationale est coupable d’inertie…

Quand un conflit éclate dans le monde,  c’est toujours la communauté internationale qui monte au créneau pour imposer sa feuille de route, mais derrière cette notion de communauté internationale, en réalité que cache t-elle ? Dans les faits,  quand on associe la communauté internationale, on fait référence aux 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ,à savoir la France, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, et le Royaume-Uni et depuis quelques années, l’Allemagne a rejoint le club fermé des puissances qui jouent un rôle important sur la scène internationale. Au niveau des relations internationales, la communauté internationale est souvent divisée sur la marche à suivre, et pour cause, chacun des pays représentants la communauté internationale défend ses intérêts à tort ou à raison. Ces intérêts sont souvent l’une des causes qui peuvent expliquer le prolongement de nombreux conflits dans le monde, c’est ce que nous tenterons de démontrer dans les pages qui suivent.

Pour comprendre les relations internationales, il est nécessaire d’identifier les différentes pensées et écoles qui composent l’analyse des relations internationales. L’étude des relations internationales est complexe de par son objet et son champ vastes, par le fait qu’elle met en jeu un très grand nombre de valeurs stratégiques, et enfin par sa structure à la fois polycentrique et polyarchique (pouvoirs détenus par plusieurs organes). De nombreuses écoles doctrinales ont vu le jour, l’ensemble des recherches ont permis de dégager certaines lois relatives aux relations interétatiques, à savoir, l’internationalisation, l’institutionnalisation, l’interaction et l’interdépendance.

  1. L’internationalisation : c’est le processus par lequel une société passe d’un stade interne à un stade externe. Autrement dit, c’est quand les Etats partagent certaines normes, valeurs de diverses natures (économiques, politiques, scientifiques etc..) entre nations. Toutefois, il faut différencier mondialisation et internationalisation. A titre d’exemple, l’Union européenne peut être considérée comme une structure de l’internationalisation.
  2. L’institutionnalisation:  se définit comme un processus par lequel se tisse des liens structurés entre les groupes sociaux. En d’autres termes, dans les relations internationales, les institutions internationales  veulent établir des liens stables qui permettent la communication, la recherche collective de solutions à des problèmes (politiques, économiques, culturels). A cet égard, on distingue trois fonctions au processus d’institutionnalisation, la première est la recherche du statut quo, la seconde le partage de mêmes valeurs et de mêmes objectifs, enfin la dernière concerne la légitimité. L’ONU reflète parfaitement cette image.
  3. L’interaction et l’interdépendance: c’est le processus par lequel les acteurs principaux sont les Etats. Chaque Etat est dépendant d’autres acteurs. L’interdépendance se manifeste entre les acteurs qui ne disposent pas de même capacité. Plus les capacités sont comparables, moins l’interdépendance est forte. L’Union européenne est encore un exemple qui l’illustre.

Plus largement, ces théories se complètent et sont par essence le reflet des différents courants de pensées qui permettent la compréhension des relations internationales. A l’heure actuelle, deux écoles s’opposent frontalement sur la scène internationale; la première est le courant réaliste et néo réaliste défendu par des penseurs tels que Hans Morgenthau, Edward H Carr ou des auteurs plus récents comme Henry Kissinger, ce courant prend en compte, que dans les relations internationales, la nature humaine est anarchique, les Etats sont en recherche de la puissance et de l’intérêt national. La diplomatie et la guerre marque les rapports entre les Etats, la doctrine réaliste se base sur une doctrine stratégique, autrement dit, on a un rapport de force qui s’impose entre état.

En face, on trouve le courant impérialisme défendu par les penseurs tels que Rosa Luxembourg, John Atkinson Hobson. Pour les tenant de cette approche, de conception marxiste, le capitalisme est le stade suprême de l’impérialisme. Le système international est marqué par le système capitaliste, le facteur  économique prime avant tout, il met en évidence que les interactions sont souvent asymétriques.

Actuellement sur la scène internationale, on voit que ces deux courants ont une vision diamétralement opposée  sur la conduite du monde. Comment se traduit-elle? D’un côté la Russie et la Chine qu’on pourrait qualifier de réaliste dans leur approche des relations internationales,  de l’autre côté les Etats-Unis et ses alliés qui ont une approche  qu’on pourrait comparer d’impérialiste, dans la mesure, qu’elle  se base avant tout sur une domination culturelle, économique et politique.

Jusqu’à présent, la vision dominante sur la scène internationale était la vision occidentale, prônée par les Etats-Unis, mais depuis quelques années, on assiste à un bouleversement de l’ordre établi qui remet en  cause la domination américaine. A cet égard, le conflit syrien est l’exemple qui l’illustre parfaitement. Ce conflit qui regroupe un très grand nombre d’acteurs ne partageant pas forcément les mêmes intérêts est le reflet des jeux des grandes puissances  qui caractérise la communauté internationale.

« Victimes à la fois du régime d’Assad et des bombardements russes, le sort fait aux dizaines de milliers de civils d’Alep devrait faire réfléchir ceux, nombreux en Occident, qui souhaitent déléguer la « gestion » de la guerre à la Russie » Par ces propos, le journaliste de Médiapart Pierre Puchot traduisait ainsi un renoncement des pays occidentaux dans la gestion du conflit syrien au profit de la Russie.  La réflexion de fond que soulève le journaliste n’est pas dénuée de sens, bien au contraire, elle met en lumière le changement de paradigme qui s’opère dans le paysage régional et mondial. Les lignes de cette reconfiguration se dessinent au grand dam des Etats-Unis et d’un Occident en proie à des difficultés économiques et en crise sur le plan politique.

Ainsi, la crise en Syrie constitue l’exemple parfait d’une mutation politique profonde au sein d’un ordre international en mal de repère, mettant ainsi fin à l’unilatéralisme en matière de paix et de sécurité internationale. Dans le même temps, ce conflit est annonciateur de la naissance d’un nouvel ordre mondial où plusieurs acteurs s’annoncent incontournables dans les différentes crises ou de conflits internationaux à venir.

Les différentes guerres entreprises par l’administration Bush n’ont fait qu’affaiblir l’hégémonie américaine et favorisées l’apparition des blocs concurrents sous la houlette de la Russie et la de Chine, deux acteurs qui affirment de plus en plus leur puissance tant sur un plan militaire que sur un plan économique et diplomatique. Dès lors, il n’est pas surprenant de voir une remise en cause de l’impérialisme américain.

Cette prise de conscience de la dérive américaine, que le rapport Baker-Hamilton avait déjà soulignée avant la fin du mandat de George W. Bush, a affecté la politique étrangère de son successeur Barack Obama, mais sans que cela atteigne le point de rupture que nous connaissons actuellement avec la crise syrienne. Le conflit syrien a mis en lumière les limites de l’interventionnisme américain, ainsi que l’inefficacité des Nations-Unies à résoudre les conflits internationaux. (voir article A quoi sert l’ONU dans la résolution des conflits internationaux?)

Ce conflit syrien a aussi confirmé le retrait stratégique américain du Moyen-Orient, (La fin de la doctrine Carter au Moyen-Orient?) pour une bascule vers le pacifique, afin de contenir la montée en puissance de la Chine. Toutefois, les stratèges américains  ont sous-estimé la détermination de la Russie à devenir un acteur incontournable dans ce conflit.

Ainsi, la taille des enjeux autour du conflit syrien ont fait que l’engagement de ces nouveaux acteurs est sans précédent depuis la dislocation du bloc soviétique. L’entêtement occidental, principalement de la France d’admettre les nouvelles réalités dans l’échiquier mondial ont amené la Russie et la Chine à accentuer les moyens de pression en passant du premier veto au second, puis au troisième double veto contre toute résolution à l’encontre de leur allié syrien, comme le fait remarquer le chercheur et analyste géopolitique Lahcen Aqartit, dans son excellent article: « la guerre en Syrie, l’ombre d’une première bataille pour l’Eurasie »

Plus globalement, la communauté internationale se livre une lutte d’influence entre deux visions du monde en totale opposition: le courant néoréaliste actuellement incarné par la Russie et la Chine qui défendent une vision prospective du système international basé sur un statu quo dont la stabilité internationale passe par l’équilibre des puissances. A l’inverse, l’impérialisme américain qui fut incarné de manière excessive sous le mandat de Bush a conduit à l’inertie que nous observons actuellement au sein du système international. Sous Obama, l’impérialisme américain s’est traduit notamment par une domination à vocation culturelle, économique et politique. La dimension militaire fut moindre, comparée à son prédécesseur.

Ce qui pose, la question de l’après Obama, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump modifie la donne. En effet, le futur président américain dans sa grille d’analyse des relations internationales semble être plus proche du courant réaliste. Il n’est pas surprenant dans ce contexte de voir qu’une admiration réciproque existe entre Poutine et Trump. Toutefois, si les deux semblent partager la même conception des relations internationales, paradoxalement, elle augmente le risque de voir émerger une compétition plus rude, qui n’est pas du tout à exclure, bien au contraire. D’autant plus que la caractéristique première des néoréalistes, c’est la recherche de la puissance . Chaque Etat agit en fonction de ses intérêts propres. Cette vision risque d’accentuer la paralysie au sein de l’ONU et de maintenir l’inertie. En d’autres termes, Russie, Etats-Unis, Chine même combat?

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