L’information, le nerf de la guerre?

Alors que la campagne électorale française rentre dans sa période décisive, de nouvelles révélations de la presse quotidienne sur les candidats à la fonction suprême vient troubler le jeu électoral.  Il paraît opportun de se pencher sur le rôle omniprésent de l’information sur l’influence supposée ou non sur l’élection d’un candidat. A ce titre, la récente élection de Donald Trump aux Etats-Unis a suscité de nombreuses polémiques, en raison de la capacité des réseaux sociaux a favorisé son élection, à cet égard, Facebook et Twitter ont été pointés du doigt comme ayant une responsabilité non négligeable sur l’arrivée au pouvoir de M. Trump. Au même titre que les réseaux sociaux, la Russie est accusée d’ingérence durant la campagne électorale et d’avoir ainsi contribué à la défaite de la candidate démocrate Hillary Clinton, en divulguant des informations afin de nuire cette dernière.  A la lumière de ce constat, il est légitime de se questionner sur le rôle de l’information en tant que moyen stratégique d’influence, de propagande ou de désinformation. En d’autres termes: la guerre de l’information aura t-elle lieu?

On se souviendra que le 7 octobre 2001, une cassette de Oussama Ben Laden diffusée par Aljazzera,  puis  reprise  par  les  télévisions  du  monde  entier  le  soir  même  où  décollaient  les bombardiers, la règle du jeu avait changé  : l’adversaire » faible » avec les moyens d’agir sur l’opinion du  »fort ». Les talibans étaient tout à la fois capables de professer une idéologie qui interdit la photo, la musique, ou encore le cinéma, et d’imposer leurs images  »pédagogiques » qu’ils diffusaient dans le monde entier pour toucher les « cœurs et les esprits »,  il s’agissait surtout du « faire croire ».  Autrement dit à commencer, par cette croyance que le guerrier doit imposer à son adversaire : la conviction qu’il a perdu, ce dont djihadistes et talibans ne semblaient guère persuadés.

C’est cette même logique que Daech a perfectionné avec une propagande digne des films hollywoodiens enfin de recruter d’une part de nombreux djihadistes, et d’autre part d’avoir un outil de propagande d’une efficacité  redoutable. Dans un autre registre, on a vue l’importance de l’information dans le  »printemps arabe ». En effet, les réseaux sociaux ont joué un rôle substantiel dans les révoltes démocratiques, pour corrompre ou détruire les informations et les systèmes d’information d’un adversaire tout en protégeant ses propres systèmes. Plus globalement, la maîtrise des outils d’information permet de livrer une bataille.

Pour revenir sur l’actualité récente, concernant l’ingérence russe dans la campagne électorale américaine en piratant le parti démocrate,  ou en diffusant de fausses informations, afin de favoriser le candidat républicain au détriment de la candidate démocrate, sur le fond,  il n y a rien de choquant, en raison que c’est une pratique aussi vieille que le monde. En effet, toutes grandes nations qui se respectent s’est déjà livrée à ce type d’ingérence pour favoriser un candidat par rapport à un autre selon leurs intérêts.

Pour autant, je ne dis pas que c’est moral, la question ici du bien ou du mal ne se pose pas,  seul les intérêts comptent. Les Etats-Unis au premier chef sont familiers de ce genre de pratique. On se souviendra qu’en Amérique du sud, les Etats-Unis ont favorisé leur candidat, en formatant des coups d’état par ici, et par là, sans pour autant se soucier des conséquences de leur action. Plus proche de nous, en Europe de l’est, le rôle des Etats-Unis dans la révolution orange en Ukraine n’est plus à démontrer.

La France n’échappe pas à ce constat,  pour les plus ignorants, la France a souvent pratiqué ou continue de le faire en Afrique, où dans ces zones d’influence en mettant au pouvoir des candidats qui seront susceptibles de défendre l’intérêt de la France. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de voir la Russie utilisée les méthodes, certes différentes, mais donc la finalité reste la même.

En France, la guerre de l’information est en retard par rapport aux alliés anglo-saxons. Des auteurs tels que François-Bernard Huyghe, Éric Filiol, le colonel François Chauvançy ont développé dans un livre le thème de Guerre de l’information et lutte informatique  : état des lieux et  enjeux. Les auteurs entendent le concept de « guerre de l’information » sous sa définition anglo-saxonne, à savoir sous l’angle informatique. François-Bernard Huyghe s’intéresse à définir les frontières de la cyberguerre, le colonel François Chauvancy positionne la guerre de l’information dans une stratégie globale, dans un environnement informationnel. Il analyse également la stratégie d’influence qui consiste à vaincre en limitant l’engagement physique des forces armées. Éric Filiol s’intéresse quant à lui aux aspects opérationnels des cyberattaques sous l’angle du renseignement, de la planification et de la conduite des opérations.

En France le premier texte officiel qui fait référence à la cyberguerre est le livre blanc de 2008, qui précise que «les attaques majeures contre les systèmes d’information doivent faire l’objet d’une attention  nouvelle  aussi  bien  pour  le  renforcement  des  défenses  que  pour  les  capacités  de rétorsion. » Plus loin, elle précise :  « dans la mesure où le cyberespace est devenu un nouveau champ d’action dans lequel se déroulent déjà des opérations militaires, la France devra développer une capacité de lutte dans cet espace.» Le récent livre blanc confirme que le renforcement de la sécurité des systèmes d’information de l’État est une nécessité.

A cette occasion, fut crée en 2009, l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’information (A.N.S.S.I.) dont les missions sont d’assurer  la  sécurité  des  systèmes  d’information  de  l’État  et  de  veiller  à  celle  des  opérateurs nationaux d’importance vitale, de coordonner les actions de défense des systèmes d’information, de concevoir et déployer les réseaux sécurisés répondant aux besoins des plus hautes autorités de l’État, aux besoins interministériels, et de créer les conditions d’un environnement de confiance et de sécurité propice au développement de la société de l’information en France et en Europe.

C’est dans ce contexte que les services de renseignement français craignent que les services russes n’essayent de polluer la campagne présidentielle. Le niveau d’alerte est à un point culminant qu’un prochain conseil de défense à l’Elysée est programmé sur ce sujet. Par ailleurs, la plupart des partis politiques furent convoqués le 28 octobre2016 au Secrétariat générale de la défense et de la sécurité (SGDSN) pour un atelier de sensibilisation à la sécurité numérique. Le seul parti politique pourtant invité, mais qui a décliné l’offre est le front national pour des raisons qui nous échappent.

Pour la Direction générale  de la sécurité extérieure (DGSE), il ne fait aucun doute, les espions russes vont tenter de refaire le coup de l’élection de Trump. Cette fois au profit de la candidat frontiste, par le  biais de réseaux sociaux. Une espionne reconnaissait que pour une fois le retard français dans le vote électronique était une chance, en raison du fait qu’il est plus difficile de s’ingérer dans le vote papier.

Pour rappel entre les deux tours de la présidentielle de 2012, un malware micro logiciel espion sophistiqué d’origine russe, baptisé « regin », avait pris d’assaut l’Elysée. Sans oublier les américains qui avaient également tenté une intrusion dans les secrets du pouvoir de l’Elysée pendant la même période.

Comme le souligne le canard enchaîné  cette semaine, les hackeurs russes ont déjà tenté une attaque contre le site du candidat Emmanuel Macron dès novembre 2016, à l’annonce de sa candidature! Ce n’est pas un hasard si le site Sputnik.fr, le site d’information officiel de la Russie de Poutine a relayé le 3 février les menaces de Julien Assange, fondateur de Wikileaks, qui affirme détenir dés informations intéressantes sur Macron….

Les données, a t-il dit, proviennent de la correspondance privée de l’ex secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton. Est ce une coïncidence si dans une interview  à l’agence presse russe Sputnik news, le 4 février le très proche filloniste Nicolas Dhuicq affirmait avec force que Macron était soutenu par un très riche lobby gay et par conséquent ce dernier serait gay…

Dans ce contexte présidentiel, l’information est au cœur du pouvoir, la désinformation, l’intox et la manipulation vont avoir un rôle prépondérant dans cette nouvelle campagne qui s’ouvre. Ce n’est pas un hasard non plus si le quotidien le Monde en collaboration avec Facebook a lancé  récemment une plateforme dénommée « décodex » pour tenter de faire face au fake news, en répertoriant des sites susceptibles de fournir des fausses informations… Par curiosité il serait intéressant de voir si le FDS est dans les normes ou hors normes!!

Au regard des éléments développés, il apparaît de toute évidence que la guerre de l’information est déjà en cours, de  nombreuses opérations d’espionnage et de  déstabilisation plus  discrètes, mais inquiétantes se déroulent actuellement. En outre ces attaques se montrent finalement limitées car concentrés dans l’espace et le temps. De plus, ces conflits  informatiques  restent  illégaux.  Les  procès  tendent  à  se  multiplier  car  les  législations nationales et internationales commencent à s’adapter pour protéger leurs économies.

 

 

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