Peut-on encore sauver le projet européen?

A l’heure d’aujourd’hui, le projet européen est perçu aux yeux des peuples comme une contrainte et aux carcans réglementaires imposés uniformément par les institutions bruxelloises. En tout état de cause, l’horizon européen s’est assombri, à tel point que l’Europe semble se fissurer de l’intérieur. L’audace qui consista à créer une monnaie unique, se substituant aux monnaies nationales suscite encore aujourd’hui l’admiration dans les différentes régions du monde.

D’ailleurs, c’est ce que rappelait Barack Obama, lors de son discours d’Hanovre du 25 avril 2016:  » quelqu’un qui ne soit pas européen pour rappeler aux européens la grandeur de ce qu’ils ont accompli ». L’Union européenne en proie au pessimisme de ses élites et de ses citoyens ne fait plus rêver, est-il surprenant que l’hommage le plus appuyé à la construction européenne vienne de l’extérieur?

De l’avis de l’ancien président américain, l’Europe vit en effet: « la période la plus pacifique, la plus prospère et la plus progressiste de l’histoire humaine (…) plusieurs décennies se sont écoulées depuis le dernier conflit entre grandes puissances. Un nombre plus grand de gens vivent aujourd’hui en démocratie. Nous sommes plus riches,  en meilleur santé et mieux éduqués, avec une économie mondiale qui a permis à plus de 1 milliards d’hommes de sortir de l’extrême pauvreté. »  

 La tentation souverainiste et le repli nationaliste grandissant un peu partout en Europe tend à mettre en mal la construction européenne. La sortie du Royaume Unie de l’Union européenne n’est que la première pièce d’un édifice en voie de dislocation. Divisée sur le plan international, l’UE ne pèse pas grand chose dans la résolution des grandes questions internationales.

A titre d’exemple, l’Allemagne et les pays de l’Est s’opposent frontalement dans l’approche de la crise des réfugiés. Quand la Pologne et les pays baltes sont concentrés sur la crise ukrainienne et préoccupés du retour de la Russie sur cette partie de l’Europe. Parallèlement sur le plan national, l’arrivée au pouvoir des partis extrémistes en Hongrie, en Autriche et en Pologne dont les revendications idéologiques sont diamétralement opposées au projet européen. Plus globalement, le projet européen qui voulait exporter ses propres normes au monde, attendu et espéré partout ailleurs est aujourd’hui en mal de repères.

Faudrait-il dès lors se résoudre non pas à la fédération et aux Etats-Unis d’Europe chers à Victor Hugo, mais à l’Europe des cercles et multi vitesses?  C’est là tout le paradoxe européen, incapable d’avoir une politique coordonnée, elle se veut unie, mais reste divisée dès lors où elle doit mettre en place des actions de coordination. De la crise au terrorisme, du conflit ukrainien à la gestion des réfugiés, les exemples ne manquent pas pour témoigner de cette inertie et de cette abdication à mettre davantage plus de concertation.

Au contraire,  l’Europe d’aujourd’hui se caractérise avant tout par un retour au courant nationaliste. De Schengen au principe de non-discrimination, de la remise en cause de l’état de droit, de Londres à Donetsk et de Varsovie à Budapest, ce sont les piliers sur lesquels repose le fonctionnement de l’UE qui s’effritent.

Au regard de ce tableau alarmiste, le projet européen semble englué et endigué dans ses contradictions. La classe politique qui milite pour l’Europe doit aussi assurer les citoyens, mais comme on l’observe le lien entre les décideurs et les citoyens est distendu. Ces derniers ne peuvent accepter, à juste titre, un régime institutionnel qui semble éloigné des préoccupations citoyennes, qui nie les particularismes et les cultures nationales.

En dépit de cette vision défaitiste,  le projet européen demeure un idéal qui a permis de restaurer des liens entre d’anciens ennemis d’hier et de faire progresser le droit notamment en matière des droits humains, et dans une moindre mesure sur l’économie.  Toutefois ces avancées restent insuffisantes, et fragiles particulièrement sur le plan économique et sociale, ainsi que sur la question des réfugiés.  La question du sauvetage du projet européen reste d’une actualité brulante, et prendra une tonalité particulière à l’issue des élections françaises et allemandes d’avril et septembre 2017. La question de son sauvetage ne se posera plus à ces termes, mais plutôt dans ce sens : le projet européen est-il encore souhaitable?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s